Les Biffins
Jardin éphémère, Saint-Ouen, 2010
F.V.
English
As is his habit, Julien Segard, with his very particular ability to make visible the spaces he invests in, presents a large wall work. He draws vast scenes, with charcoal, shale dust or barbotine, this diluted clay used by ceramists: a set of simple and primary materials, often vernacular. The sketched scenes are intimately linked to his encounter with a territory and its population. He travels - his discovery of the African continent, his actions in Ghana and Mali were decisive - he strolls through cities (Marseille, Paris, Athens...), wanders in industrial zones, suburbs, wastelands, and walks. He walks where walking becomes difficult in the face of automobile and railway traffic, under the bridges of expressways, the highway interchanges. He gives equal interest to the near and the far, feeds on every detail, every element, in his discovery of places. And reveals, through a deep humanity, a thirst for knowledge and personal experiences, an understanding of the difficulties and precarious balances that are established, in the centre and on the margins, between Man, nature and urban infrastructures.
For this work entitled Les Biffins, he gathered things of all kinds along the sidewalks from rue Fructidor to rue du Professeur Gosset. He walked the embankment overlooked by the parapets of the Parisian ring road and collected old abandoned rags, ribs of torn umbrellas, broken bird cages, worn pumps... Back in the garden, he fixes this humble treasure to the wall, on the large surface that he has stained with barbotine.
He had previously taken care to coat all the objects with this same ochre and liquid mud. On the wall the objects appear scattered according to a chance that reminds us of the successive deposit lines of the floods that struck France in the spring of 2010.
Français
Comme à son habitude, Julien Segard, avec sa capacité toute particulière à rendre visibles les espaces qu’il investit, présente une grande œuvre pariétale. Il dessine de vastes scènes, avec du charbon de bois, de la poussière de schiste ou de la barbotine, cette argile délayée qu’utilisent les céramistes : un ensemble de matériaux simples et premiers, souvent vernaculaires. Les scènes esquissées sont intimement liées à sa rencontre d’un territoire et de sa population. Il voyage — sa découverte du continent africain, ses actions au Ghana et au Mali ont été décisives — il se promène dans les villes (Marseille, Paris, Athènes…), musarde dans les zones industrielles, les banlieues, les terrains vagues, et marche. Il marche là où la marche devient difficile face au trafic automobile et ferroviaire, sous les ponts des voies rapides, les échangeurs autoroutiers. Il accorde un égal intérêt au proche comme au lointain, se nourrit de chaque détail, de chaque élément, lors de sa découverte des lieux. Et en révèle, grâce à une profonde humanité, une soif de connaissances et d’expériences personnelles, une compréhension des difficultés et des équilibres précaires qui s’établissent, dans le centre et les confins, entre l’Homme, la nature et les infrastructures urbaines.
Pour ce travail intitulé Les Biffins, il a glané des choses de toutes sortes le long des trottoirs de la rue Fructidor à celle du Professeur Gosset. Il a arpenté le talus que surplombent les parapets du périphérique parisien et a recueilli de vieilles nippes abandonnées, des baleines de parapluies déchirés, des cages à oiseaux défoncées, des escarpins usés… De retour dans le jardin, il fixe au mur cet humble trésor, sur la grande surface qu’il a maculée de barbotine.
Il a auparavant pris le soin d’enduire la totalité des objets de cette même boue ocre et liquide. Sur le mur les objets paraissent disséminés selon un hasard qui nous rappelle les lignes de dépôts successifs des crues qui frappent la France en ce printemps 2010.