Toxique
Julien Segard
A text by the artist
English
“Toxic” is an immersion into my native pond, that of Berre, among others.
Located about ten kilometres from the coast of the Mediterranean, this back zone concentrates all the petroleum industries of the Provence-Alpes-Côte d’Azur region.
This summer, I bathed there, I stepped over the barrier and turned on my heels to take the opposite path, the one that moves away from the showcase beaches.
By rushing into this gaping breach, I passed to the other side of the colourless mirror to become, for several months, the guardian of this dislocated territory.
I began by drawing on the reverse side of supports gathered during my walks, worn by time, soiled by pollution, dried out by the wind, bleached by the sun.
Through this small inventory of backs — posters, frames, technical data sheets, account book covers — a fragmented landscape emerged, a punctuation was put in place: that of these empty zones where nature bears the stigmata of the surrounding industrial presence.
The scale that industry dictates to the landscape led me to introduce human presence to give it a sense of scale — as in industrial photographs from the fifties, where a figure poses next to a manufactured piece attesting to its dimensions.
“Fishing boats that fishermen abandon on the spot and which are treated by life in the open air, fair weather and storms” is a work that is apprehended in the time of walking. Conceived as a kind of frieze, running along the walls of an elementary school classroom, it is a grand gesture rhythmically structured by intervals of time and the different supports that compose it.
The decomposing boats are reflected in the puddle, creating a zone of disturbance, an uncertain waterline between different worlds. It is an encounter between my original conscious and unconscious world.
We find in this drawing concerns that run through all my work: organic proliferation, making the drawing grow like a banyan, the temporality of cycles, the resurgences of death, the processes of decomposition of matter, the arrangement of chaos, the matrix cradle.
Français
« Toxique » est une immersion dans mon étang natal, celui de Berre entre autres.
Situé à une dizaine de kilomètres des côtes de la mer Méditerranée, cette arrière-zone concentre toutes les industries pétrolières de la région PACA.
Cet été, je m’y suis baigné, j’ai enjambé la barrière et tourné les talons pour emprunter le chemin opposé, celui qui s’éloigne des plages vitrines.
En m’engouffrant dans cette brèche béante, je suis passé de l’autre côté de la glace sans teint pour devenir, quelques mois durant, le gardien de ce territoire disloqué.
J’ai commencé par dessiner au revers de supports glanés lors de mes randonnées, entamés par le temps, souillés par la pollution, desséchés par le vent, blanchis par le soleil.
À travers ce petit inventaire de dos — d’affiches, d’encadrements, de fiches techniques, couvertures de livres de comptes — un paysage fragmenté a émergé, une ponctuation s’est mise en place : celle de ces zones de vide où la nature porte les stigmates de la présence industrielle alentour.
L’échelle que l’industrie dicte au paysage m’a amené à introduire la présence humaine pour lui donner un ordre de grandeur — comme dans les photos industrielles des années cinquante, où une figure pose à côté d’une pièce manufacturée attestant de ses dimensions.
« Barques de pêche que les pêcheurs abandonnent sur place et qui sont traitées par la vie au grand air, le beau temps et les intempéries » est une œuvre que l’on appréhende dans le temps de la marche. Conçue comme une sorte de frise, qui court le long des murs d’une classe primaire, c’est un grand geste rythmé par les intervalles de temps et les différents supports qui le composent.
Les barques en décomposition se reflètent dans la flaque, créant une zone de trouble, une ligne de flottaison incertaine entre les différents mondes. C’est une rencontre entre mon monde originel conscient et inconscient.
On retrouve dans ce dessin des préoccupations qui traversent l’ensemble de mes travaux : prolifération organique, faire croître le dessin comme un banyan, la temporalité des cycles, les résurgences de la mort, les processus de décomposition des matières, l’agencement du chaos, le giron matriciel.